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 Les formidables pensées philosophiques *SBAFF* de Sarah

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Sarah Ramsey
                                                          
MessageSujet: Les formidables pensées philosophiques *SBAFF* de Sarah  Lun 25 Mai - 20:34

[petit message de présentation]

Bonjour les amis du forum :-D
Sachez déjà que je ne suis pas du tout à l'aise avec ce que je vais faire, mais ne soyez pas gentils: plus vous êtes secs ("secs" le contraire de "doux", par le contraire de "mouillé"), plus vous êtes utiles (bon pas trop quand même sinon je vais pleurer)

Ca me ferait plaisir que quelques uns d'entre vous lise mon dernier manuscrit que j'ai écrit en (attention roulement de tambour) un mois. Oui oui, un mois. Pour vous donner un ordre d'idée.. d'habitude il m'en faut plus que ça XD Mais quand on écrit un livre en un mois, loin de se prendre pour un génie, on se dit plutôt qu'il y a quelque chose de louche :-D

Bon j'arrête de raconter de la caca. Je sais que vous attendez de savoir de quoi ça parle mais... j'écris des livres tellement chelous que je suis toujours incapable de dire de quoi ça parle. Pour faire vite, c'est une bonne love story comme on les aime (et comme ça ramène des clients aussi), dans un futur relativement proche même si c'est pas très clair mais pour ceux qui n'aime pas la SF, pas de panique, y'a ni bonshommes en vert, ni super dictature, ni voitures volontes (même si elles sont prévues pour fin 2015, n'est-ce pas Marty...). Bref, ça pourrait se passer à notre époque (y'a juste eu une petite bombe nucléaire qui est tombée sur la tronche d'un pays qui n'est pas cité)
Voilà, je ne peux rien dire de plus... à part que vous me connaissez, je suis future prof de philo, donc même si ce n'est pas un livre philosophiques, il y a des minuscules détails (parfois une seule phrase perdue au milieu du reste) qui sont bel et bien des références cachées, alors s'il y a des spécialistes, qu'ils n'hésitent pas à s'amuser à les reconnaitre.

Voilà, sur ce, je vous mets le premier chapitre, en vous donnant une information dactylographique: un mot entouré de _tirets_ est un mot en italique (c'est le forumat pour les édituers, ne vous occupez pas de ça...)

Et... c'est tout ? Ah non, le titre peut-être, ça s'appelle: La loi de Gaia (celui qui trouve la référence philosophique cachée de ce titre aurait droit à un exemplaire dédicacé quand je serai riche et célèbre *SBAFF*) Mais il y a vraiment une référence cachée dans le titre.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à donner le moindre détail qui vous dérange à la lecture Smile

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Sarah Ramsey
                                                          
MessageSujet: Re: Les formidables pensées philosophiques *SBAFF* de Sarah  Lun 25 Mai - 20:34

1

Je vais te tuer.
J’ai vécu sous ton ombre. Ça fait cinq ans. Et tu es devant moi, tu ris et tu as sûrement oublié que tu as réduit en poussières la dernière pointe d’innocence et d’humanité qui existait encore dans ce monde pourri par l’hypocrisie et les mensonges. Tu as fait de l’ange un monstre.
Vous en avez _tous_ fait des monstres.
Le deuxième est mort. Tu devrais mourir. J’aimerais tellement voir la foudre tomber et le toit s’effondrer sur ton visage trop beau pour être ton masque.
J’oublie ce que je fais ici. Je ne sais plus qui m’a demandé de venir. J’aime les fêtes, l’ambiance folle dans les bars mais je n’ai pas le temps. Il faut bien que quelqu’un se batte pour sauver les vies qui n’en sont plus. A cause de toi. De vous tous.
Je regarde autour de moi. J’ai l’impression que je ne m’en suis jamais rendu compte. Je n’ai jamais voulu m’en rendre compte, pour m’occuper du présent. Pour ne pas sombrer dans la folie. Mais c’est vous, vous qui en avez fait des monstres. Ils sont devenus ce que vous attendiez qu’ils soient. Parce que vous avez méticuleusement détruit la moindre étincelle d’espoir qui les rattachaient à la vie.
Je ne croyais pas, en venant ici, que j’allais te voir. Je ne t’avais jamais vu auparavant. Mais ta photo dans le journal, elle ne s’effacera jamais. Comme ton image dans ce bar, devant ce verre, devant mes yeux. Tu souris à toutes les filles, tu les oublies aussitôt. Comme tu as oublié l’innocent devenu criminel par ton accusation.
Mais je ne bouge pas. Les pensées les plus noires m’ont traversé l’esprit, mais je ne bouge pas. Pourtant je t’imagine d’abord en prison, puis une balle dans la poitrine, puis enfin sous cette bombe qui a tué ces ennemis que vous avez appelés « monstres » pour les exterminer en toute bonne conscience. Tu aurais dû être l’un de leurs, ai-je pensé. Puis j’imagine que c’est encore un châtiment trop doux. Tu aurais dû être parmi les survivants. Parce que c’est toi, le monstre.
Peut-être aurais-je pu me remettre à pleurer en te voyant. Je me suis trop habituée à ne pas le faire. Je n’ai pas pleuré depuis cinq ans. La dernière fois, c’était devant cette télé, quand ils ont annoncé qu’enfin le criminel allait avoir la punition qu’il mérite pour son acte odieux. J’étais dans une chambre d’amis et je savais déjà ce qu’ils allaient annoncer, j’attendais la sentence que j’avais moi-même prononcée. C’était ma faute. J’avais pleuré. Je n’aurais pas eu besoin de pleurer si tu avais été en prison, ou une balle dans la poitrine, ou sous cette bombe.
Je suis assise à quelques mètres et tu ne me reconnais certainement pas. Tu ne m’as jamais vue. Ce n’était pas moi qui étais devant les caméras : j’étais cachée dans la chambre d’amis. T’es-tu seulement jamais demandé qui j’étais ? Tu as témoigné d’horreurs qui m’étaient arrivées, d’horreurs que tu avais inventées, sur une fille que tu avais inventée. Tu m’as peut-être vue de loin, derrière ton objectif. Est-ce que tu me reconnaitrais ?
Je sais que si je t’approche, je vais te tuer. Je sais que mon regard va finir par te tuer. Tu vas tomber, ici, au milieu des pieds dansants des autres, immobile. Mais je ne sais pas tuer. Je ne suis pas comme toi.
Tu tournes la tête vers moi. Je te fixe mais je ne te vois même plus, tu as laissé place à l’image haïe et tu n’es déjà plus un homme. Tu vois que je te dévisage, tu comprends que ça fait déjà un moment. Je n’arrive pas à lire l’expression dans tes yeux, tu es trop loin. Est-ce que tu sais qui je suis ?
La chaise à côté de moi bouge, le bruit me fait enfin lâcher mon objectif. Enfin, Alicia, tu es revenue. J’ai déjà oublié où tu étais pendant tout ce temps. Toutes mes pensées étaient lancées sur lui. « Qu’est-ce que tu faisais ? » Tu prends un air étonné. C’est normal, tu me l’as sans doute dit avant de partir, mais depuis quelques minutes, je ne suis plus moi-même. C’est comme si les gens autour de moi n’existaient plus, comme si tu n’étais qu’une vision, et qu’il n’existait plus que lui. Je suis dans un rêve. « J’étais aux toilettes, mon maquillage a coulé à cause de l’autre imbécile qui m’a renversé son verre dessus, tu as déjà oublié ? » Je n’écoute que d’une oreille, et je jette un coup d’œil vers lui. Alicia remarque trop vite que quelque chose me perturbe. « Qu’est-ce que tu as ?
— Rien. » Je me tourne de nouveau vers elle. Elle ne t’a pas vu. Mais toi, tu me regardes toujours. Tu te souviens peut-être, alors. Mais qu’est-ce que ça change, de toute façon ? Tu crois que te souvenir va te rendre plus humain ? Tu en as déjà trop fait. C’est vrai, si tu te souviens, ça prouvera peut-être que tu as encore une trace d’humanité. Si tu te souviens, quelque chose t’a touché. Mais si tout disparait comme un détail insignifiant, si envoyer des hommes à la torture ne te fait pas plus mal, alors j’aurai au moins bonne conscience de désirer ta mort aussi fort que je la désire maintenant. Je sens encore ton regard sur moi…
« Tu m’écoutes ? »
Oui, pardon, Alicia. J’ai essayé de te regarder mais je n’arrive pas à me le sortir de la tête, et je ne veux rien te dire. Toute cette haine doit rester au fond de moi. J’ai l’impression que c’est le destin : il fallait que je me retrouve en face de lui. « Non, excuse-moi, je commence à fatiguer…
— Justement, moi aussi. Je disais que j’allais y aller. Tu me suis ?
— Oui… Non, en fait… Je préfère rester encore un petit moment, si ça ne te dérange pas de rentrer toute seule.
— Moi, non. C’est plutôt toi que j’ai peur de laisser rentrer toute seule. Tu as l’air bizarre. » Tu as toujours été là pour moi, Alicia. Je ne t’ai certainement jamais assez remerciée. Je suis contente de savoir que tu ne comptes pas me laisser rentrer seule, après m’avoir amenée ici. Tu voulais me détendre… C’est vrai, ça faisait longtemps que je n’étais pas sortie. Il a fallu que tu choisisses ce bar. Il a fallu que je me retrouve devant lui, seul survivant de ma misère. Tu croiras sûrement que tu as eu raison de me sortir et que maintenant j’entends en profiter le plus longtemps possible. Mais tu ne comprends pas : je sens son regard sur moi, même si je me force à ne pas me tourner dans sa direction. J’ai la ferme intuition que, dès que tu seras sortie, il viendra à moi. « Ne t’inquiète pas pour moi. Tu as bien fait de me faire prendre une soirée de repos. Je vais boire un dernier verre et rentrer, parce qu’après ce soir, je vais repartir dans une semaine de travail acharné.
— Combien ta tante t’a-t-elle encore demandé ?
— N’en parle pas comme ça. Elle m’aide. Elle n’était pas obligée de le faire.
— Elle n’a pas besoin de te demander trois fois ton salaire toutes les semaines… mais fais ce que tu veux, » ajoutes-tu pour éviter la dispute. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas le cœur à me disputer avec toi ce soir. J’ai autre chose en tête. Je garde ma colère pour celui qui la mérite. Je la tasse, je l’enfonce au fond de ma gorge, je ne veux pas la faire éclater, non. Je veux la lancer comme un javelot et qu’elle lui transperce le cœur. « J’y vais, alors ?
— Oui, vas-y. Je réussirai à rentrer, ne t’en fais pas.
— Bon. »
Tu n’es pas convaincue. Mais tu me laisses. Tu n’es pas envahissante et même si tu veux avant tout m’aider, tu me laisses vivre ma vie. Encore une chose pour laquelle je devrais te remercier. Mais pas ce soir. Je veux que tu partes, tu aurais dû rester. Si tu savais ce que j’avais en tête, tu essaierais de m’en dissuader. Heureusement, tu ne sais rien, et même alors que tu vas payer au comptoir, tu ne le remarques pas. Lui te remarque. Il te suit des yeux, t’entend demander l’addition, et jette encore un regard vers moi.
Exactement, je suis seule… C’est ce que tu attends, n’est-ce pas, depuis tout à l’heure, adossé contre le mur, ne prêtant plus aucune attention aux gens qui t’entourent ? Et qu’est-ce que tu vas venir me dire ? Que crois-tu que je sois disposée à entendre venant de toi ? Alicia sort. Tu ne perds pas de temps. Dès que la porte se referme, tu te lèves. Je fais signe au serveur. « Je vous offre un verre ? » Non, tu n’as vraiment pas perdu de temps. Un sourire glacé crispe mes lèvres. Je n’avais jamais entendu ta voix avant. Tu as la voix douce. Tous les méchants n’ont pas la voix grave et rauque.
« Si ça vous amuse de dépenser votre argent, ne vous privez pas. »
Je ne te regarde même pas, et je te vois déjà passer la main dans tes cheveux blonds mielleux empestant le gel. Tu as senti l’ironie dans ma voix, mais tu n’y vois qu’un jeu. Est-ce que tout, autour de toi, n’est qu’un jeu ? Est-ce que c’était un jeu, aussi, il y a cinq ans ? Je n’avais jamais remarqué ton bras gauche, que tu as levé pour te recoiffer. Je crois avoir mal vu, et je ne peux m’empêcher de regarder, par réflexe. C’est bien ça, tu as des tatouages sur le bras. Mais tu n’es certainement pas un terroriste. Ça t’amuse, de te faire tatouer le bras ? Tu sais ce que ça signifie, pourtant. Tu sais à qui on pose un tatouage, aujourd’hui. En quoi cela te dérangerait-il ? Tu es beau, blond et riche. Personne ne te soupçonnera jamais. On voit bien que tu es un civil. « Je vous paye un verre.
— Vous n’avez pas peur d’aller en prison, avec ces tatouages ? » Je ne peux pas m’en empêcher. Ce n’est pas une plaisanterie et mon ton sec le laisse clairement entendre. Il faut être stupide pour ne pas s’en rendre compte. Et tu ris. « La prison ? Non. Et puis, les tatouages ne sont pas interdits, à ce que je sache.
— Non. C’est insultant.
— Quoi ? »
Tu ne comprends pas. Non, tu ne fais pas exprès, tu ne comprends pas. Je ne m’attendais pas à ce que tu comprennes. On fait un tatouage aux criminels les plus dangereux. On fait un tatouage aux innocents qu’on veut faire passer pour les criminels les plus dangereux. Mais tu ne ressembles pas à un criminel.
Tu as décidé de rester. Tu as peut-être trop de fierté pour renoncer aussi vite. Tu as toujours ce sourire prétentieux, et même sous ton incompréhension je ne peux m’empêcher de voir ce haussement de sourcil hautain et ce rictus au coin de ta bouche. Cette fois, j’en suis sûre. Tu ne m’as pas reconnue. Comment ? Tu ne m’as jamais vraiment vue.
« Vous n’avez pas la moindre idée de qui je suis, n’est-ce pas ? »
Je me redresse et dévoile mon visage en pleine lumière. Tu me regardes, comme tu l’as fait toute la soirée, avec une expression que je n’aime pas du tout, mais aucune surprise n’apparait. « On se connait ? » Tu oses. On ne se connait pas. On devrait se connaitre. Sinon, est-ce que je poserais cette question ? « Vous êtes sûr, vous ne savez pas qui je suis ? Regardez bien. Je n’ai pas beaucoup changé ces cinq dernières années. » J’ai toujours les cheveux aussi longs, la peau brunie par le soleil. Je travaille toujours les fenêtres ouvertes, profitant au maximum des quelques rayons de l’été. J’ai peut-être un peu maigri et profondément creusé mes cernes. Tu ne me reconnais pas, mais quelque chose me dit que tu sais ce qui s’est passé cinq ans plus tôt, et tu as presque l’air d’avoir compris. Mais tu ne veux pas y croire.
« Je m’appelle Sarah. »
La situation était gênante et tu es content que je change de sujet. Enfin, c’est ce que tu crois. Tu te détends brusquement sans savoir que c’est exactement la réaction que j’attendais et appréhendais. Tu reprends ton sourire, ton visage prétentieux, et tu réponds aussitôt : « Moi c’est Milian. » Ravi d’engager la conversation, hein ? Tu crois que ton petit numéro va marcher. Tu aurais dû choisir une autre fille, ce soir. « Milian, c’est un prénom ça ? » Le froid. Je ne laisserai aucune forme de sympathie s’installer, sois en sûr. Du début jusqu’à la fin, il n’y aura que ce mur de glace entre nous et tu ne devrais pas essayer de le brûler. « Je m’appelle Maximilian. » Tu soupires, mais tu as encore l’air de t’amuser. Moi je ne veux plus jouer.
« Oui, bien sûr. Je sais très bien comment tu t’appelles, » dis-je en buvant une gorgée.
Pourvu que ma tête tourne, que se dissolve cette colère. Ton nom, je ne pourrai jamais l’oublier. Combien de fois l’ai-je hurlé dans mes cauchemars, combien de fléchettes ai-je pu lancer sur ta photo ! Tu m’as hanté, toi, et ton ami. Maintenant il n’est plus là. Il ne reste plus que toi. Lui aussi, tu l’as oublié ? Qui d’autre ? Je vais te rafraichir la mémoire.
« Je suis désolé mais… non, je ne vois pas qui vous êtes.
— Il y a cinq ans, tu as pris des photos compromettantes d’un homme. Dois-je dire un homme ? Tu comprendras mieux si je dis : d’un tatoué. Grâce à tes photos, il a été arrêté et envoyé sans jugement, sans justice, dans une prison hors-la-loi. Il a subi la torture, les coups et la faim pendant deux ans. Tu t’en souviens, maintenant ? »
Tu écoutes attentivement, sans pâlir. Pourquoi aurais-tu pâli ? Je ne m’attendais pas à ce que tu pâlisses, parce que tu n’es qu’un bon à rien. Moi, à ta place, j’aurais pâli. J’aurais pâli d’entendre quelqu’un me rappeler aussi sèchement le jour où j’ai envoyé un innocent en prison. Je n’ose voir la fierté qui aurait pu apparaître. Ce n’est pas donné à tout le monde d’arrêter un hors-la-loi, pas vrai ? Heureusement, tu as l’air d’avoir compris que je ne plaisante pas, et surtout que je n’ai pas l’intention de te féliciter.
Tu réponds prudemment. Par ce qui te semble être le plus prudent. Tu n’aurais jamais dû répondre ainsi. « Oui, je m’en souviens. Ce tatoué était un violeur récidiviste, j’ai sans doute sauvé une jeune fille grâce à ces photos. » Tu as voulu te défendre. Tu as voulu, je le vois, te donner bonne conscience. Oui, c’est ce qu’ils font tous : ils se donnent bonne conscience. Plutôt que d’affronter la vérité et risquer d’être déçu. L’orgueil vaut mieux que le vrai. « Il méritait sans doute ce qui lui est arrivé. » Je me suis trop entrainée à contenir ma colère. Mais personne au monde, personne ne méritait un tel châtiment ! C’était au-delà des limites du châtiment, ce n’est plus que de la barbarie.
« Est-ce que tu te souviens de son nom ? » Tu laisses échapper un rire nerveux. Il faudrait vivre dans un autre monde de pour ne pas connaitre son nom. Tout le monde le connait. « Il enchaine les attentats depuis qu’il s’est évadé de prison. Comment pourrai-je ne pas connaitre son nom ?
— Dis-le.
— Közul.
— Son prénom.
— Son prénom ? Je n’en ai aucune idée. »
Fini de jouer. Tu m’épuises. Je ne sais pas pourquoi je parle avec toi. Depuis que je t’ai vu tout à l’heure, ma seule envie est de te tuer. Tu ne mérites même pas le droit de parler. Je veux que tu partes. Et je veux que tu restes, que tu me suives dehors, et qu’une voiture t’écrase, pour ne plus jamais entendre parler de toi. « Je suis la _victime_ du viol. » J’étais sûre que tu t’en doutais, mais ta réaction me pousse à penser le contraire. C’est maintenant que tu pâlis. Il y a quelque chose que tu ne comprends pas : pourquoi cette haine ? Pourquoi cette colère ? Tu es persuadé de m’avoir sauvé la vie. Tu crois encore à la plus absurde des vérités : « Je comprends mieux. Si ma présence te rappelle de trop mauvais souvenirs, alors je peux m’en aller. » Tu ne sais pas à quel point ce que tu dis est vrai. Tu es pourtant tellement loin de la réalité. « Tu n’aurais jamais été capable de me reconnaitre, hein ?
— Je ne t’ai jamais vue.
— J’étais sur la photo.
— Oui, mais elle était floue.
— Oui. Elle était floue. Tu as condamné un homme à un sort inhumain pour une photo floue. » J’ai l’impression que tu veux répondre. Tu crois que tu as encore quelque chose à dire. Tu crois que tu arriveras à te défendre. Cette fois, je ne t’en laisse pas le temps. « Tu ne savais même pas à quoi je ressemblais. Tu as été le témoin d’un crime que tu n’as jamais vu, tu n’as cru qu’un ami jaloux et une photo floue qui ne prouvait rien.
— On voyait très nettement cet homme t’agresser !
— On le voyait m’_embrasser_. Non, tais-toi. Passe-toi d’une réflexion là-dessus, tu en as déjà beaucoup trop dit. » Je sais ce que tu penses. Tu penses qu’embrasser et agresser, pour quelqu’un comme lui, c’est la même chose. Tu restes un moment silencieux, pensant que ma colère va s’apaiser. Tu te trompes. « Il me semble pourtant que tu as témoigné contre lui. Tu as avoué. » Mon sang se glace. Pourquoi te souvenir te tant de détails alors que tu ne connaissais même pas le visage de la victime ? Soudain, j’ai du mal à respirer. Mais qu’es-tu encore en train de faire, sinon te donner bonne conscience ? Tu veux te persuader que tu n’as pas condamné un innocent. J’ai avoué. « Il était déjà condamné. Il l’aurait été dans tous les cas.
— Tu as quand même avoué. »
Quand j’ai voulu déverser ma colère contre toi, je pensais que tu n’étais qu’un crétin, et que tu n’aurais aucun souvenir sinon celui de la prétention d’avoir vengé une fausse victime. Je pensais faire du mal. Le couteau s’est retourné. Je n’ai pas pleuré depuis cinq ans, et maintenant j’ai peur de lâcher prise. Non, ça n’arrivera pas. « Merci pour le verre. Au revoir. »
Partir. Fuir. Depuis cinq ans j’ai un coupable à détester, un coupable à détruire. J’ai une cible dans l’objectif, j’attends. Tu te présentes devant moi, plus habile. C’est moi la seule coupable, c’est moi que j’ai toujours détestée pour ce que j’ai fait et que je veux tuer en fin de compte. Mais je ne peux pas. J’ai trop à sauver. Ma vie a changé. Il m’a fallu un coupable extérieur, un coupable qui n’était pas moi. J’en avais deux, l’un est mort, l’autre est devant moi. Et s’il mourait ? Il n’y en aurait plus. Si Milian meurt, je serai seule devant la vérité, le seul monstre qui court toujours et je ne pourrai le supporter. Donc tu dois vivre, pour porter ma colère.
« Attends ! Sarah ! »
Tu ne lâches jamais prise. Tu as dû comprendre, pourtant, que c’était inutile. Tu ne peux rien dire. Tu essaies quand même. « Ok, je suis désolé d’avoir dit ça, et je n’aurais pas dû te parler comme ça. Je… je ne peux pas comprendre ce que tu as vécu. » Non, tu ne peux pas. Mais tu ne t’arrêtes jamais. Tu crois encore à ton orgueil. « Mais pourquoi défendre quelqu’un qui t’a fait tant de mal ?
— Qui te dit qu’il m’a fait du mal ?
— Toi. Quand ta parole a été donnée qu’il était coupable.
— Je ne me suis pas présentée à la prison. Il n’y avait pas de procès. C’était inutile.
— Il y aurait peut-être eu un procès s’il avait pu être innocent.
— Il n’y a pas de justice pour les hors-la-loi. »
Je ne me suis arrêtée qu’une seconde. Je repars, fermement décidée à ne pas m’arrêter avant d’être chez moi. S’il était innocent, pourquoi ne pas être venue le dire ? Pour toi, c’est très clair : c’est impossible. Il n’y a pas d’innocent. Je me retourne une dernière fois quand je suis devant la porte.
« Il s’appelait Kagan. »

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MessageSujet: Re: Les formidables pensées philosophiques *SBAFF* de Sarah  Mer 27 Mai - 11:22

Je sais pas si tu t'attendais à ce qu'on poste ici ou ailleurs mais pas pu m'en empêcher xD J'adore, juste j'adore A quand la suite? **

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MessageSujet: Re: Les formidables pensées philosophiques *SBAFF* de Sarah  Mer 27 Mai - 11:33

Oui oui tu peux poster ici Smile
Bon je vais mettre la suite mais hier j'ai passé deux heures à relire et corriger le chapitre parce qu'il me convenait pas... mais je vais le mettre XD

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MessageSujet: Re: Les formidables pensées philosophiques *SBAFF* de Sarah  Mer 27 Mai - 15:45

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Ils avaient peur des tatouages. Les loups, les lions, les tigres et les renards. Les quatre plus grandes peurs des hommes. La mort, le déshonneur, la perte et la souffrance.
Un lion en train de rugir, c’était ce que l’on dessinait sur ceux qui avaient commis mon crime. Un crime ignoble et qui me faisait trembler d’horreur. Mais je savais une chose, une vérité qui, je n’en avais aucun doute, saurait me porter aux travers des épreuves.
J’étais innocent.
Je préférais avoir été condamné injustement que de me savoir aussi monstrueux. Peu importait l’injustice. Quand je me regardais dans la glace, quand je fixais la gueule ouverte du lion en haut de mon torse, je n’avais pas honte de ce que je voyais : je ne voyais qu’un tatouage, plutôt bien fait, un tatouage que j’aurais pu désirer avoir, à une autre époque.
J’avais perdu beaucoup mais j’avais toujours vécu dignement. C’était la seule et unique chose qu’ils ne pourraient jamais m’enlever, et c’était la raison pour laquelle je continuais de me lever jour après jour pour affronter le quotidien.
Cette famille n’était quand même pas la pire. Quand ils avaient décidé que les tatoués pouvaient servir de domestiques au civils – les autres disaient esclaves : je préférais domestiques – j’avais compris que j’allais être envoyé je ne savais où, chez des gens sans scrupules, ou du moins qui n’auraient pas peur d’être sans scrupules avec un criminel inhumain comme moi.
Un criminel, tel que me présentait mon odieuse réputation.
Finalement, ce que les Pérot me demandaient n’était pas impossible. Je devais me lever tôt et j’avais beaucoup de travail à faire, mais j’étais efficace. La maison n’était pas assez grande pour que me sente débordé. Ils ne me donnaient à manger que ce qui était périmé, mais comme Ingrid Pérot achetait toujours trop de légumes et que son mari ne les mangeait jamais, je ne mourais pas de faim. Je n’étais tombé malade qu’une seule fois, et cela ne m’avait pas empêché de travailler.
J’avais même quelques moments de libres au milieu de l’après-midi, soit parce qu’ils faisaient la sieste, soit parce qu’ils n’étaient plus là pour me donner des ordres. Leur fils en profitait même pour me faire jouer à la console avec lui. Je savais que si ses parents l’apprenaient, je serais puni. Même si Nathan m’avait garanti qu’il me défendrait – sa justification en était que, quitte à ce qu’ils aient un esclave, autant que ce soit pour en profiter.
C’était également à l’heure de leur sieste que je rejoignais Sinan au fond du jardin, derrière un arbre assez épais pour que personne ne nous voie. En général, son maître aussi s’endormait juste après le repas, et c’était un homme seul. Sinan avait été pris pour faire des travaux plus que pour le ménage. C’était trop facile pour lui, il était très grand et portait de gros sacs de ciments comme s’il s’agissait de sacs de plumes. Il finissait en avance même après être resté une heure à trainer avec moi et se gardait bien de le faire savoir à son maître. Quand l’un de nous ne pouvait pas venir, l’autre ne restait pas longtemps : si les Pérot ou monsieur José découvraient notre cachette, je serais puni.
Il n’y avait qu’une seule chose qu’ils ne supportaient pas : me trouver en train de prier. Je ne savais pas pourquoi cela les mettait dans cet état, surtout la mère. Elle s’était mise à hurler « pas de ça ici ! » et le père m’avait puni. « Puni », ça voulait dire battu. Frappé. Bref, tout ce qui leur traversait l’esprit, jusqu’à ce que je m’effondre sous la douleur. A force, j’avais appris à faire semblant de m’évanouir après un petit moment pour qu’ils arrêtent plus vite, et cette stratégie fonctionnait. Pour qu’elle reste crédible, je devais quand même supporter un certain nombre de coups et de blessures.
Ils pensaient peut-être qu’ils allaient me dissuader de recommencer, mais ils ignoraient qu’il n’y avait pas plus grande douleur que celle d’être tenu pour criminel quand on était innocent, et je n’avais pas peur de la souffrance physique. En plus, je ne pouvais pas m’arrêter de prier : je priais pour ma sœur, pour qu’elle soit protégée, tous les jours depuis que je l’avais perdue. Je ne le leur avais pas expliqué ; de toute façon, je n’avais pas le droit à la parole. Je n’étais pas un valet : j’étais un prisonnier. Je n’étais même pas un être humain, j’étais un être dépravé et monstrueux.
Depuis deux jours, tout le monde était très excité et l’atmosphère se détendait. Ils n’arrêtaient pas de me rappeler à l’ordre et me donner des choses à faire mais, la bonne humeur aidant, j’avais vite terminé. Leur fille Sarah allait enfin rentrer après avoir passé un an dans un internat à Paris et à ce que je compris, ils ne l’avaient pas vue depuis des mois.
La mère courait dans tous les sens en voulant tout nettoyer. Puis elle se rappelait que ce n’était plus son rôle, et m’appelait pour que je le fasse, même si j’avais déjà passé le chiffon vingt fois. Le père, assis dans son canapé, en train de jouer aux cartes sur son IPhone, avait beau répéter que ce n’était pas la peine de se presser, que Sarah n’arrivait que le lendemain, je voyais bien qu’il ne jouait aux cartes que pour faire passer le temps.
Bill Pérot ne montrait jamais son enthousiasme, sauf en de rares exceptions. Il était grand, mince et cette allure lui donnait l’air froid d’un mort-vivant. Malgré tous mes efforts, j’étais incapable de l’imaginer en train de sourire. Son épaisse chevelure blanche et son visage ridé toujours maussade le vieillissaient irrémédiablement. Il ne s’habillait qu’en costume, même quand il ne travaillait pas, pour qu’on ne le voie pas trop négligé lorsqu’il avait besoin de sortir.
Nathan était tout aussi impatient, et il m’avait déjà longuement parlé de sa sœur. Un génie, apparemment. Elle était tout le temps en train de lire, ou de travailler, ou de passer vingt minutes dans la salle de bain à se coiffer et à se maquiller. Elle avait un an de moins que lui et j’avais fini par comprendre qu’elle semblait vivre dans un autre monde.
L’impatience de toute la famille avait attisé ma curiosité. Malheureusement, je craignais trop de voir apparaître la digne descendante de ses parents, incapable de supporter un domestique trop lent, ou profitant du sommeil de ses maîtres, ou en train de prier. A moins qu’elle ne soit plutôt comme son frère. Lui n’avait ni peur ni colère envers moi, je pensais qu’il ne se rendait pas vraiment compte de ce que j’étais censé être.
Il savait pourtant que j’avais été condamné pour avoir agressé plusieurs jeunes filles, même s’il n’y avait aucune preuve… et aucun besoin de preuve. Le simple fait de venir de l’ancien pays détruit par l’explosion prouvait que j’étais un monstre. L’endroit d’où je venais n’existait plus et nous, les survivants, n’existions pas non plus dans le monde des hommes.
Nous avions cessé d’exister avant bombardement.
Nathan était encore jeune et trop préoccupé à s’amuser pour y comprendre quelque chose. Sa sœur, avec tout ce qu’on m’avait dit sur elle, me semblait déjà bien différente quoique plus jeune. Son avis était certainement déjà clair et tranché. En plus, c’était une fille… j’appréhendais quand même la réaction qu’elle aurait en apprenant que ses parents avaient pris un violeur en série sous leur toit, même si c’était pour faire le ménage.
J’étais toujours anxieux lorsqu’une nouvelle personne se présentait chez Bill et Ingrid Pérot, y-compris lorsque ce n’était qu’un invité : je voyais un homme de plus me prendre pour un criminel alors que j’étais innocent. J’avais l’impression que la masse des regards assassins s’alourdissait jour après jour. J’aurais voulu que quelqu’un puisse m’aider à m’alléger un peu de ce poids…
Les dernières directives de Bill étaient précises et je n’avais eu qu’à les suivre à la lettre. J’avais l’intuition que ce n’était surtout pas le moment de faire une erreur. Quelques heures avant l’arrivée de Sarah, je n’avais plus qu’à ranger sa chambre, que sa mère avait pris l’habitude de transformer en débarras.
Nathan était devant la télé, concentré sur son jeu vidéo, le visage exprimant néanmoins un ennui profond. Il m’entendit marcher, tourna la tête. « Kagan ! On fait une partie de foot ? » Je portais les derniers cartons que je devais aller mettre dans la cave. Profitant de la distraction accordée, je les posai sur l’escalier et m’attardai un moment devant le jeu de Nathan. « Tu sais que ça m’aurait fait plaisir de te rendre service, mais je dois préparer la chambre de ta sœur.
— Ah oui ! C’est vrai, vas-y. On jouera une autre fois. »
Il reprit aussitôt sa partie, seul, et me laissa entrer dans la chambre de Sarah, où je dus faire le lit et passer l’aspirateur. Quelques photos trainaient sur son bureau. Je jetai un coup d’œil dans le couloir, par réflexe, avant de m’approcher pour observer ces photos que je n’étais pas censé voir. Sarah avait un sourire étincelant sur tous les clichés, qui n’avait pas l’air d’être simplement l’effet de la pose. J’avais toujours voulu croire que la haine naissait de ceux qui avaient trop vite renoncé au bonheur et ne pouvait pas supporter ceux qui se battaient pour être heureux. C’étaient mon optimisme et mon espoir dans la vie qui étaient frappés lorsque j’étais « puni ». Sarah n’avait pas l’air d’être de ceux-là.
J’allais vite déchanter, dès qu’elle arriva une heure plus tard à l’aéroport. D’habitude, Bill ne voulait pas que je touche à sa voiture : il avait peur que je ne m’enfuie ou ne provoque délibérément un accident pour lui causer des dommages. Je n’étais pas comme cela. C’était bien le genre de Sinan, mais nous ne travaillions pas pour la même sorte de famille. Il était chez un homme seul, odieux, violent, et si je ne pouvais pas me vanter d’avoir une famille très douce de mon côté non plus, ils avaient des enfants : je ne voulais pas que des jeunes innocents paient le prix de ma rébellion. Nathan était gentil. Il ne rapportait jamais mes erreurs et mes oublis à ses parents ; pourtant, il m’avait déjà vu m’endormir, épuisé, devant les casseroles en train de chauffer, ou rester plus longtemps que je n’en avais le droit dans la salle de bain, alors que je me croyais seul. Il avait, envers moi, une reconnaissance qui ne m’était pas due.
Cela étant, Bill n’était pas mécontent d’avoir un chauffeur pour aller chercher sa fille à l’aéroport, il me laissa donc exceptionnellement le volant. J’avais espéré trouver en Sarah le portrait de Nathan. Je fus déçu. Elle était loin d’être aussi décontractée, joueuse et sympathique. La première impression qu’elle me fit fut particulièrement désagréable. Elle venait d’une école tellement prestigieuse qu’elle portait un uniforme, de hauts talons, un chignon serré. Sa ressemblance physique avec son frère me frappa immédiatement : elle avait, comme lui, des cheveux noirs qu’ils devaient tenir de leur père et la peau brunie par le soleil.
Sarah chercha sa famille des yeux. En apercevant Bill, elle sourit et s’approcha. « Va la débarrasser de ses affaires, m’ordonna-t-il.
— Oui, excusez-moi. »
Je me précipitai pour prendre sa sacoche d’ordinateur et croisai un regard méprisant. Il me fit froid dans le dos. Plusieurs fois, entre deux mots adressés à son père, elle tournait vers moi ses yeux bruns remplis de condescendance, et ne prit même pas la peine de me dire bonjour. Cela ne sembla pas déranger son père, qui n’avait rien remarqué. Il lui parlait et tous les deux repartaient vers le parking, sans se préoccuper de moi plus longtemps. Je les suivis en silence.
Sarah avait beaucoup de choses à raconter pendant que je les reconduisais chez eux. Ou plutôt : beaucoup de cours à refaire et d’examens desquels se vanter. Une fois chez elle, elle raconta tout une deuxième fois à sa mère et à son frère. Celui-ci ne la lâchait plus. Elle était loin du portrait qu’il m’en avait fait, mais une chose était sûre : aucun d’entre eux n’avait exagéré leur impatience de la retrouver. Elle n’eut pas un seul moment de libre : aussi-je fus-je très surpris lorsque, alors que je venais d’apporter sa valise dans sa chambre et m’apprêtais à la ranger, elle surgit devant la porte, visiblement en colère.
« Je suis capable de m’occuper de mes affaires toute seule. Merci.
— Pardon, je pensais…
— C’est ma chambre. Vous n’avez rien à faire là.
— Excusez-moi. »
Son mépris était tel qu’elle n’acceptait même pas mes services. Je savais que sur une jeune fille, l’effet de ma présence ne serait pas le même que pour le reste de sa famille. Je n’avais plus qu’à me montrer le plus droit possible tant qu’elle serait là : elle ne laisserait sans doute passer aucune erreur. Ce n’était que le temps des vacances d’été. La supporter serait difficile, mais je trouverais de quoi penser à autre chose.
Dès le début de l’après-midi, je rejoignis Sinan à notre point de rencontre habituel. Je lui avais vaguement parlé de la fille Pérot qui rentrait bientôt pour les vacances. Il ne put s’empêcher d’écouter avec des éclats de rire la description affreuse que je lui en fis.
« Allez, elle ne doit pas être si terrible. Ça doit juste te faire bizarre de voir d’avoir une maitresse de plus.
— Si tu le dis… Je ne suis pas sûr que ce soit seulement moi le problème. Elle est malpolie, méprisante, et j’ai l’impression qu’elle pense de moi exactement la même chose que ses parents.
— Que voulais-tu qu’elle pense de toi ? Quelque chose de bien ? Tu es ce que tu es, Kagan. Tu ne les forceras pas à t’aimer. Essaie d’être apprécié et de ne pas être trop battu, c’est le mieux que tu puisses faire. »
Je soupirai. Il avait trop raison pour que j’arrive à l’écouter calmement. Cette vérité me désespérait et je voulais garder l’illusion de l’espoir, qui même s’il ne me sauvait pas, me faisait encore vivre.
« Kagan, écoute. Je sais que... personne, sans doute, ne mérite ce qui nous arrive, mais… moi, je suis coupable. J’ai vraiment commis des crimes et fait couler du sang. Quelle que soit cette injustice, je ne suis pas un innocent. Toi, tu l’es ; mais crois-moi : ils ne le sauront jamais ; et même s’ils le savaient, ils ne voudraient jamais y croire. Alors… tu n’as pas d’autre choix que de subir. En plus…
— Il est déjà quatre heures moins le quart ! Je suis vraiment désolé, il faut que j’y aille. Je risque d’être puni si je ne fais pas…
— Cours ! C’est ma faute. Je n’aurais pas dû te retenir aussi longtemps. A demain. Bonne chance avec… l’autre.
— A demain, Sinan. Bonne chance à toi aussi… »
J’espérais que Sarah était toujours en train de lire, comme lorsque j’étais parti. J’avais supposé qu’elle n’aurait pas besoin de moi et que je pouvais donc rejoindre Sinan en toute tranquillité, même si en théorie j’aurais dû rester disponible pour elle. Par chance, elle avait l’air d’être encore dans sa chambre : la porte était fermée. Nathan était sorti voir un ami. J’étais seul, et j’avais un bon quart d’heure pour avancer le plus possible dans ce que j’étais censé avoir fait durant ces deux dernières heures.
Sarah entra dans la cuisine pour se faire un thé. Je n’osai lui rappeler que si j’étais là, c’était justement pour lui éviter ce genre de déplacement, et qu’elle n’avait qu’à commander pour être obéie. Elle prit d’ailleurs bien soin de faire comme si je n’existais pas. Elle avait défait son chignon, enlevé ses chaussures et marchait pieds nus mais portait toujours son uniforme, la chemise sortie de sa jupe et à moitié déboutonnée. Elle repartit aussi vite et silencieusement qu’elle était venue. Je ne la revis pas jusqu’au dîner.
Il y avait toujours au moins un des deux parents qui ne venait pas manger le soir. Parfois, je me retrouvais seul avec Nathan et il en profitait pour me laisser partager son assiette, quand il était sûr que Bill et Ingrid étaient à l’autre bout de la maison. Malgré tout, je préférais qu’ils soient tous là, c’était beaucoup plus amusant. Bill avait tendance à manger avec les doigts dès qu’il le pouvait et sa femme ne tardait pas à lui faire une remarque ; alors Nathan le défendait, l’accusant d’être trop vieille pour comprendre, et une dispute éclatait. Quand elle n’en pouvait plus, Ingrid se tournait vers moi et me demandait ce que j’en pensais. C’était le seul moment de la journée et le seul sujet sur lequel j’avais le droit de donner mon avis, même si cet avis devait impérativement être : « Oui, vous avez raison. »
Je me doutais qu’ils feraient un grand repas en famille pour le retour de Sarah : ils m’avaient laissé la liste des plats à cuisiner. Ils me laissaient toujours faire la cuisine : ils n’avaient pas peur que je les empoisonne avec la nourriture. De toute façon, si c’était trop cuit, j’étais puni. Pas assez, j’étais puni. Trop salé, trop épicé ou trop amer, j’étais puni. Il valait mieux éviter de les rendre malades.
Sarah se montra en fredonnant quand sa mère l’appela pour manger, toujours pieds nus. « Tu veux des chaussons ? demanda Ingrid.
— Non, merci.
— Tu vas attraper froid.
— Il fait trente-cinq degrés.
— C’est sale par terre.
— Je n’en ai pas l’impression. J’ai vu votre homme de ménage passer l’après-midi à nettoyer. »
Elle avait menti. Elle ne m’avait vu qu’une seule fois de l’après-midi, même si j’avais effectivement passé la serpillère. Elle ne pouvait s’empêcher de mentir juste pour avoir le droit de marcher pieds nus. Je ne pouvais m’en plaindre, car Ingrid marmonna : « Ah… c’est bien, Kagan. » Je n’avais pas beaucoup droit aux commentaires positifs et préférai prendre la moindre parole agréable pour un compliment. Je fis un signe pour la remercier, n’osant pas ouvrir la bouche sans y avoir été autorisé.
Plusieurs fois au cours du repas, si Sarah avait besoin de quelque chose que ses parents voulaient m’envoyer chercher, elle se levait précipitamment, passait devant moi avec un « Pff » méprisant et allait se servir elle-même. J’avais de plus en plus l’impression d’être un poison qui risquait de contaminer tout ce que je touchais, en plus de contaminer l’air qu’elle respirait. Je n’avais jamais été le bienvenu dans cette maison, mais pas au point d’avoir l’impression que je n’arriverais pas à le supporter très longtemps. J’étais content que la nuit tombe enfin et attendais avec impatience que tout le monde soit parti se coucher.
« Sarah, tu vas prendre un dessert ?
— Je veux bien. Merci, papa.
— Kagan, va…
— C’est bon, j’y vais, le coupa-t-elle immédiatement. Tu veux quelque chose, toi aussi ? Maman ? Nathan ? »
Elle avait déjà fait un mouvement pour se lever, mais Ingrid me fit un signe pour que j’y aille et s’empressa de retenir sa fille : « Tu as des nouvelles de ton copain, Kirill ?
— C’est son ex, intervint immédiatement Nathan.
— Oui, c’est pareil.
— Non, marmonna Sarah.
— Tu n’as pas été le voir ?
— C’est son ex, rappela Nathan.
— Et alors ?
— Justement, c’est mon ex. »
Ingrid avait l’air de vivre dans un autre monde où les jeunes faisaient des choses étranges qu’ils ne faisaient jamais en réalité. Elle n’arrivait pas à comprendre les attitudes de Nathan avec ses amis, ou ses goûts pour les vêtements et la musique, ou ses activités. Elle n’avait pas l’air d’être plus proche de l’univers de Sarah. Son frère et elle échangèrent un regard complice et pouffèrent de rire. Il n’en fallait pas moins pour épuiser leur mère. « Oh, si on ne peut plus poser de questions, ici ! » Et elle resta silencieuse, les sourcils froncés, la tête dans son assiette. Dix minutes plus tard, Sarah s’exclama : « Eh ben, vive l’ambiance ici ! Je vais me coucher. » Elle quitta la table après avoir très rapidement dit bonne nuit. Son père n’eut même pas le courage de protester, pourtant je vis bien que ce brusque changement d’attitude ne lui convenait guère.
Les autres ne tardèrent pas à la suivre. Bill fut le dernier à rejoindre sa chambre. Il me rappela : « Veille à ne rien laisser traîner derrière toi. Et va voir dans le jardin si Nathan n’a pas encore mis son ballon de foot au milieu du chemin, pour que je ne l’écrase pas avec ma voiture en allant travailler. Et va changer les serviettes dans la salle de bain. Tu laveras les vieilles demain pour ne plus faire de bruit. Sarah se lève tôt le matin, sois là à sept heures pour son petit déjeuner. » Je hochai la tête, tout en songeant que je n’avais vraiment pas besoin de me réveiller pour elle, puisqu’elle refuserait sûrement mon aide une fois de plus.
Le soir, j’essayais à tout prix de ne pas compter les heures qu’il me resterait pour dormir. Je vis qu’il était déjà presque vingt-trois heures. Si j’étais assez rapide, je pouvais peut-être finir avant minuit. Je fis le tour des couloirs. Si Bill se prenait les pieds dans une babiole le lendemain, aucun doute : je serais puni. Je trouvai une brosse à cheveux entre la chambre de Sarah et la salle de bain, elle avait dû la laisser tomber en y portant ses affaires. J’allai chercher les serviettes propres et ramassai la brosse.
En ouvrant la porte de la salle de bain, j’entendis un cri et des éclaboussures. Je refermai aussitôt, pétrifié. Les objets me tombèrent des mains tandis que je sentais déjà les coups du fouet s’abattre sur moi. Je serais puni, et pire que puni. Je savais que Sarah ne perdrait pas de temps pour se précipiter voir ses parents et dire que je l’avais vue dans son bain, dès le premier soir. Sur cette punition, je ne pourrais pas feindre. J’avais tous les antécédents qu’il leur fallait… et rien pour me défendre.
J’avais senti, dès que j’avais croisé son regard, qu’elle allait me conduire en Enfer. Je pensais que l’Enfer serait simplement de supporter sa présence, sans penser qu’une jeune fille dans la maison était la mieux placée pour inventer tout et n’importe quoi. Elle serait forcément crue. C’était inutile d’essayer de dire que je ne l’avais pas fait exprès.
La porte de la salle de bain s’ouvrit et Sarah sortit, enveloppée dans une serviette blanche. Elle avait rougi, mais son expression était loin de celle de la colère. « Excusez-moi, dit-elle. Je ne ferme jamais à clé, je n’ai pas l’habitude qu’il y ait quelqu’un dans la maison. C’est ma faute. » J’avais l’impression de ne plus être dans la réalité. Je l’entendais non seulement s’excuser, mais dire que c’était sa faute, et elle se baissa pour ramasser ce que j’avais fait tomber. « Je croyais que vous étiez allée vous coucher, soufflai-je enfin alors qu’elle me rendait mes affaires.
— Oui, pardon, j’ai dit ça tout à l’heure mais… Vous aviez besoin de quelque chose ? »
Elle leva la tête vers moi, attendant ma réponse. Dans ses yeux, plus aucun mépris, plus aucune arrogance n’était visible, comme s’ils n’avaient jamais existé. Ou comme si ce masque n’était qu’un déguisement face à ses parents. « Euh… Non… Vous n’allez pas le dire à vos parents ? laissai-je échapper malgré moi, encore tremblant à l’idée d’être puni.
— Non, pourquoi ? »
Elle resta immobile à me regarder un moment. J’étais incapable de quoi que ce soit, je devais juste attendre d’être enfin calme. Je n’arrivais pas à croire que ma plus grosse erreur ici resterait impunie, et que c’était cette fille détestable qui me sauvait la vie. « Prenez votre temps, je reviendrai quand vous aurez fini. » J’allai partir, elle me rappela : « Attendez, j’ai fini. Je sors tout de suite. » Elle disparut derrière la porte et ressortit aussitôt couverte d’une simple robe de chambre. Elle m’adressa même un sourire. Encore sous le choc, je m’apprêtai à reprendre mon travail comme si rien ne s’était passé, toujours tremblant.
« Kagan ?
— Oui ? »
C’était la première fois qu’elle me parlait gentiment, la première fois qu’elle m’appelait par mon prénom. Elle se mordit la lèvre. « Je voulais vous dire… Je suis désolée pour ce matin. Et même, pour toute la journée. Je n’ai pas dû vous paraître très agréable… » Abasourdi, je restai silencieux et fis un signe de tête. Elle continua : « Ce n’était pas contre vous. Je n’aime tout simplement pas cette idée que mes parents traitent un étranger comme un esclave à la maison. Voilà. C’est tout. Bonne nuit. » Je la regardai partir, les yeux écarquillés. Au dernier moment, je me ressaisis et lançai : « Bonne nuit, mademoiselle.
— Appelez-moi Sarah. »

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